Poste : Technicienne de laboratoire, catégorie B
Lieu : Bâtiment Biologie Santé, 700 personnes, campus Carreire
Employeur : université de Bordeaux
Arrivée : à l'université de Bordeaux III (aujourd’hui université Bordeaux Montaigne) depuis 1989, adjoint technique depuis 1990 à Bordeaux II (aujourd’hui, université de Bordeaux, campus Carreire)
Personnel : BIATSS (bibliothèques, ingénieurs, administratifs, techniques et sociaux et de santé)
Béatrice Auger est technicienne de laboratoire au sein de l’unité BioTIs (laboratoire de Bioingénierie Tissulaire). Localisée au Bâtiment Biologie Santé de Carreire, elle exerce son métier au sein d'un service mutualisé regroupant 6 personnes, chacune affilée à une unité de recherche située au BBS. Veillant au respect des normes d’hygiène, de sécurité, de qualité et de traçabilité applicables aux protocoles de recherche, elle et ses collègues effectuent un travail indispensable pour garantir la fiabilité des résultats scientifiques.
Au contact de tous les personnels de recherche des ingénieurs, aux doctorants en passant par les chercheurs et les stagiaires, ils exercent leur profession dans le souci de répondre au mieux aux exigences de l'expérimentation. En cela, les agents de laverie sont un maillon central des sciences expérimentales et des acteurs à part entière de leurs avancées.
- En quelques mots, pouvez-vous décrire votre métier (missions, fonctions, responsabilités) ?
Je suis technicienne de laboratoire à BioTis sous la direction de Nicolas L’Heureux, directeur de l'unité. Je travaille au sein de la laverie mutualisée du Bâtiment Biologie Santé qui se situe sur le campus Carreire de l'université de Bordeaux.
Mon activité se partage entre deux missions complémentaires.
D’une part, j'ai un temps de laboratoire durant lequel j’assure la gestion des stocks de consommables et des commandes de matériel destinées aux ingénieurs, chercheurs, étudiants et stagiaires de BioTis. Pour réaliser ces commandes, je passe par les plateformes UGAP et autres, en veillant à anticiper les besoins des équipes de l'unité.
D’autre part, au sein de la laverie mutualisée, je travaille en collaboration avec mes 5 collègues techniciens des autres laboratoires du BBS sous la supervision de deux co-réferents opérationnel Arnaud Villacreces, ingénieur au BRIC, et Vincent Pitard, ingénieur de recherche à Immunoconcept, et d’une assistante de prévention Jennifer Cattiaux, ingénieur en techniques biologiques à TBMCore. Nous assurons dans ce cadre des tâches de stérilisation et de décontamination pour le compte de plusieurs équipes de recherche soit pour environ 700 personnes.
L'équipe laverie du BBS, de gauche à droite : Nathalie Peyron (MFP), Sébastien Fonteyraud (ImmunoConcEpT), Béatrice Auger (BioTis), Kévin Lard (ARNA) et Anthony Cooke (BRIC). Marie Menard (TBMCore) était absente le jour de la photo - © Clémence Faure
Mon rôle est fondamental pour le bon déroulement des activités scientifiques, car il garantit la disponibilité, la conformité et la sécurité du matériel indispensable aux protocoles de recherche. Dans ce cadre, je suis responsable de la gestion complète du linge, de la verrerie et du matériel de laboratoire, depuis leur prise en charge jusqu’à leur remise en circulation, en appliquant rigoureusement les normes d’hygiène, de sécurité, de qualité et de traçabilité. Je m'occupe également de la décontamination et de l'évacuation des liquides qui ont été utilisés lors des expérimentations et qui ne peuvent être traités par voie chimique.
Tout d’abord, je prends en charge la verrerie et le matériel scientifique réutilisable, que je nettoie, décontamine et contrôle avec précision afin de garantir leur parfaite conformité avant utilisation. Je prépare soigneusement le matériel destiné à la stérilisation (conditionnement, étiquetage, traçabilité), puis je participe aux cycles de stérilisation par autoclave ou autres procédés validés, en respectant strictement les paramètres requis. Ensuite, j’assure la collecte, le tri, le lavage et l’évacuation sécurisée du linge de laboratoire, en tenant compte des risques biologiques, chimiques et microbiologiques. Enfin, je réalise la redistribution du matériel propre et stérilisé auprès des équipes de recherche, dans le respect des circuits propres et sales
- Vous êtes technicienne de laboratoire depuis 37 ans. Comment en êtes-vous arrivée à exercer cette profession ?
Après ma seconde, j'ai fait un CAP vendeuse étalagiste. J'ai donc commencé dans un domaine qui, a priori, n'a rien à voir avec la recherche ! Après avoir travaillé dans la vente et le commerce comme conseillère clientèle, je suis très vite arrivée à l'université. J'avais 19 ans quand j'ai intégré Bordeaux Montaigne (anciennement Bordeaux 3). A l'époque, j’ai été recrutée en tant qu’agent auxiliaire de service de l'ASSE (services extérieurs). Je m'occupais alors de l'entretien des locaux de la faculté. J’avais également des missions concernant l’accueil et l’évènementiel puisque j’organisais les pots de la présidence. Mais également de l’accueil des invités extérieurs de l’université. En 1989, j’ai poursuivi mon parcours à l’université Bordeaux Victor Segalen (campus Carreire, anciennement Bordeaux 2) en tant que stagiaire.
Je suis devenue agent de laboratoire en 1990. Pour cela, j'ai dû suivre des formations sur les protocoles et les procédures notamment l’habilitation à manier les autoclaves de la laverie du laboratoire. C'est à ce moment-là que j'ai été affectée à une unité qui est devenue plus tard BioTis. Durant cette période, je ne travaillais que pour un seul laboratoire. Avec la construction du BBS et le déménagement dans ce bâtiment de certaines unités du campus, dont BioTis, en 2023-2024, leurs laveries ont fusionné et j'ai ainsi intégré une équipe d'agents. Nous travaillons toujours au service de notre laboratoire mais nous avons parallèlement des tâches mutualisées pour l'ensemble du BBS. Enfin, plus, récemment, j’ai accédé au grade de technicienne de laboratoire. Ces différentes étapes m’ont permis d’acquérir une solide expérience et une bonne connaissance du fonctionnement des structures de recherche ce qui m'a permis d'évoluer dans ma carrière.
- Est-ce qu'il existe une journée type de l'agent en laverie de laboratoire ?
Généralement, ma journée débute par la collecte de la verrerie et du matériel utilisé lors des expérimentations de la veille ou en cours. Cette étape est primordiale pour permettre aux équipes de recherche de reprendre rapidement leurs travaux dans des conditions sécurisées. Je procède ensuite au tri et à la prise en charge du matériel selon son niveau de contamination, en appliquant les protocoles adaptés à chaque type de risque. La matinée est consacrée au nettoyage, à la décontamination et au contrôle rigoureux de la verrerie, afin de garantir un matériel fiable et prêt à être réutilisé. Une partie importante de la journée est dédiée à la préparation et au lancement des cycles de stérilisation, indispensables pour assurer la continuité des expériences scientifiques. Le respect des délais est essentiel, car la disponibilité du matériel conditionne directement l’avancement des projets de recherche. En fin de cycle, je vérifie la conformité du matériel stérilisé, j’assure sa traçabilité, puis je le redistribue aux équipes de recherche.
Procédure de décontamination et de stérilisation des liquides - Crédits photo, Clémence Faure, université de Bordeaux
J'ai aussi un temps de laboratoire durant lequel je regagne l'étage de BioTis. A cet étage, j'ai également un bureau que je partage avec Jérôme Ligneron. J'y vais pour y passer mes commandes et gérer l'inventaire des stocks du labo. Là, je peux vérifier mes stocks et ranger le matériel commandé. Je dispose de deux salles de stockage : la première sert d’entrepôt pour les réserves de l’unité, ce qui me permet de réapprovisionner la seconde salle, où les consommables sont triés et organisés par type sur des étagères à destination des personnels de recherche.
J’effectue également un inventaire mensuel afin de maintenir une vision précise des niveaux de stock. Une fois par semaine, je procède au remplissage de la réserve accessible à tous pour garantir que chacun puisse trouver rapidement le matériel nécessaire à ses manipulations.
Je communique régulièrement avec les chercheurs et les ingénieurs pour identifier leurs besoins spécifiques, anticiper les consommables particuliers et gérer les commandes prioritaires.
Mon objectif est de maintenir un environnement parfaitement organisé et réactif pour faciliter leur travail au quotidien.
- Quelles difficultés pouvez-vous rencontrer au quotidien dans votre travail ?
La manutention constitue une contrainte particulièrement importante du métier, car le travail est physiquement exigeant et implique de manipuler quotidiennement des charges parfois lourdes ou encombrantes.
Autoclave laverie BBS avec Béatrice Auger, Kévin Lard et Nathalie Peyron - Crédits photo, Clémence Faure, université de Bordeaux
Cette dimension a d’ailleurs été confirmée lors de l’analyse de poste réalisée par une ingénieure en ergonomie du CNRS : son étude a mis en évidence que certaines manipulations présentent un risque réel de troubles musculo‑squelettiques, notamment en raison de gestes répétitifs, de postures contraignantes et du rythme soutenu des opérations de stockage et de déplacement du matériel et d’inactivation des déchets biologiques sous forme de fût pour déchets d'activités de soins à risques infectieux (DASRI).
Travailler en équipe peut également représenter un défi, car cela nécessite une coordination fluide et une communication constante entre nous. Enfin, la gestion des stocks demeure une responsabilité majeure, avec la crainte permanente qu’un manque de matériel puisse impacter le travail des laboratoires et retarder certaines manipulations.
- Quels sont les aspects que vous aimez le plus dans votre métier ?
J’apprécie particulièrement l’ambiance de travail et les relations avec mes collègues. Le travail en équipe, s'il nécessite de bien communiquer et peut parfois être difficile, reste essentiel et repose sur une réelle solidarité. Il y a vraiment une bonne ambiance à la laverie du BBS. Nous nous entendons tous très bien et c'est vraiment important dans un travail qui est dur physiquement. On s'entraide et on se relaie quand l'un d'entre nous à des difficultés. On se remonte le moral. C'est vraiment agréable de travailler dans cette équipe.
Le métier demande également une grande autonomie, une organisation rigoureuse et un fort sens des responsabilités, notamment pour anticiper les besoins des laboratoires et garantir la disponibilité du matériel. J’aime le fait de pouvoir m’engager pleinement dans mon travail et de savoir que mon rôle a un impact concret sur le bon déroulement des activités de recherche. Même si mon intervention se fait en amont des expériences scientifiques, elle est indispensable : sans la stérilisation, la décontamination et la mise à disposition du matériel dans les délais, les chercheurs ne peuvent pas mener leurs manipulations. Être un maillon fiable et essentiel de cette chaîne de travail donne du sens à mon engagement professionnel au quotidien.
- Et dans 10 ans, vous vous voyez où ?
- Et pour terminer, une anecdote à partager ?
Notre solidarité se traduit certes dans notre travail quotidien mais aussi par le fait qu'on ne perd pas une occasion de fêter tout type d'événement ! Rien que nos réunions d'équipe, qui ont lieu deux fois par mois, sont l'opportunité de s'organiser un petit déjeuner collectif. Mais il n'y a pas que ça : anniversaires, fête calendaires, départs ou arrivées de collègues, tout est bon pour partager un moment de convivialité ! Au-delà, du côté festif du service qui peut faire sourire, c'est vraiment important pour nous. Cela permet de relâcher la pression et de rigoler. Notre travail est plein de responsabilités liées à la sécurité et la rigueur qu'impose le travail scientifique. Il peut en conséquence être stressant et éprouvant mentalement comme physiquement. C'est donc important de pouvoir rire et s'amuser. Cela nous détend et cela renforce les liens entre collègues.
Interview réalisée par Alexandra Prévot et Clémence Faure
Crédits photo - Clémence Faure, département STS, université de Bordeaux
Série "Un métier, un portrait - dans les coulisses de la recherche"
Si la recherche est produite avant tout par les chercheurs, reste que pour lui permettre d'exister et de progresser, c'est tout un ensemble de personnels qui lui sont nécessaires. Du laborantin au gestionnaire administratif, du vétérinaire au personnel de laverie, en passant par les ingénieurs de recherche, les chargés de communication ou encore les project managers, ils sont nombreux et nombreuses à permettre à la science de se faire.
Afin de faire découvrir ces métiers et les personnes qui les font plus ou moins dans l'ombre, le département STS a lancé sa série "Un métier, un portrait - dans les coulisses de la recherche".
A lire ou à relire : le cinquième épisode "Ctrl + Alt + Science : l’informatique avec beaucoup d’humain".