Poste : Maître de conférences
Lieu : UFR de pharmacie, campus Carreire / CRCTB (Inserm, université de Bordeaux), Plateforme Technologique d’Innovation Biomédicale (PTIB), Hôpital Xavier Arnozan, 140 personnes
Employeur : université de Bordeaux
Arrivée : 2021
Personnel : Chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA
Guillaume Cardouat est maître de conférences en pharmacie et chercheur au CRCTB depuis 5 ans. Entre cours, enseignements dirigés, travaux pratiques, demandes de financements, manips et analyse de résultats, il donne un éclairage précis sur le quotidien des enseignants-chercheurs. Mû par son goût pour la transmission des savoirs ainsi que par la passion de la recherche, il revient sur son parcours, explique comment accéder à cette profession et illustre son travail de tous les jours. En cela, il démontre en quoi le rôle des enseignants-chercheurs est déterminant dans le développement des connaissances et des capacités d'analyse des étudiants comme de leurs savoir-faire professionnels.
- En quelques mots, pouvez-vous décrire votre métier ?
Mon activité se partage entre une partie recherche et une partie enseignement. Si je dois estimer la répartition de mon temps de travail consacré à chacune d'elle, je dirai que 30% de mes activités est dédié aux activités d'enseignement et 70% à celles de recherche.
Concernant la partie enseignement, mes cours se concentrent au second semestre, entre janvier et début mai, même si j'ai quand même quelques heures au premier semestre. L'essentiel de ces cours ont lieu à l'UFR de pharmacie sur le campus de Carreire.
Concernant les types d'enseignement que l'on est amené à dispenser en tant qu'enseignant-chercheur, il y a des cours magistraux (CM) qui ont pour objectif de délivrer aux étudiants des connaissances générales sur le domaine d'étude concerné ; des enseignements dirigés (ED) lors desquels ils réalisent des exercices, procèdent à des analyses de cas concrets, de figures d’articles scientifiques et résolvent des problèmes; et enfin des travaux pratiques (TP) qui sont des séances d'applications plus pratiques du cours et qui prennent la forme de manipulations et de comptes-rendus. Pour ma part, ayant été recruté il y a seulement 5 ans, je n'ai pour l'instant que quelques cours magistraux que je donne aux deuxièmes années de pharmacie, aux étudiants inscrits en DEUST "Préparateur en pharmacie" et aux masters "biologie cellulaire, physiologie et physiopathologie". J'ai également des ED en 2eme année de pharma mais la très grande majorité de mes cours sont des TP, essentiellement, en 2eme et 3eme année de pharma.
Au-delà de l'aspect enseignement à proprement parler, selon les années, nous pouvons être amenés, en tant qu'enseignants, à poser les sujets d'examen. Nous devons aussi répartir les surveillances (une à deux par an) ainsi que, bien sûr, assurer la correction des copies.
UFR de pharmacie, salle de manip - Crédits photo : Clémence Faure, Département STS, université de Bordeaux
Pour la partie recherche de mon métier, mon temps de travail se structure autour des manips, de l'analyse des résultats et de leur diffusion ainsi que de la recherche de financements. Au CRCTB, je suis dans l'équipe de Christelle Guibert, directrice de recherche Inserm. Je travaille sur le site de l'hôpital Xavier Arnozan à Pessac, au niveau de la Plateforme Technologique d’Innovation Biomédicale (PTIB).
Mon sujet de recherche est la dysplasie bronchopulmonaire (DBP). C'est une maladie qui touche les grands prématurés soit les enfants nés avant 32 semaines et ceux pesant moins de 1 kg. Chez ces bébés atteints de DBP, on retrouve des anomalies du développement pulmonaire qui se traduisent par une diminution de la vascularisation du poumon et une diminution de l'alvéolisation. Au global, on est face à des enfants dont les échanges gazeux dans le poumon se font moins bien. Dans la majorité des cas, ils n'en meurent pas et parviennent à se rétablir, mais reste qu'ils peuvent développer, à long terme, tout un tas de problèmes d'ordre respiratoire, cardio-vasculaire voire neurologique. Dans notre équipe, on cherche donc à trouver de nouvelles cibles qui pourraient venir corriger ces anomalies de développement pulmonaire chez ces grands prématurés.
J'aimais beaucoup l'enseignement et la diversité des activités me plaisait bien ! Je trouvais stimulant d'avoir les deux aspects pour varier un peu les tâches.
Concrètement, au quotidien, mon activité de chercheur passe par du travail d'expérimentation en laboratoire que je réalise avec l'aide d'Alexis Leriche, assistant ingénieur au sein du groupe. Une partie de mon temps est également consacré à la recherche de financements, ce qui passe par la constitution de dossiers de candidature en réponse à divers appels à projets. Ces candidatures sont nécessaires car elles nous nous permettent, si elles sont fructueuses, de réaliser nos travaux. Sans argent pas de recherche. J'encadre aussi ponctuellement des étudiants en master 1 et master 2 et à terme, si je parviens à obtenir une bourse, j'espère pourvoir diriger une thèse sur ces sujets liés à la DBP. Je n'ai pas l’habilitation à diriger des recherches (HDR) mais j'ai obtenu une autorisation à diriger une thèse (ADT) qui me permet de le faire en attendant de passer l'HDR. Cette année, j'ai déposé un projet ANR "Jeunes Chercheuses et Jeunes Chercheurs" (JCJC) sur l'étude du récepteur GPRX dans le développement de la dysplasie bronchopulmonaire. Cette ANR me permettrait, si je l'obtiens, de financer un étudiant en thèse. J'ai passé le premier tour, on verra si je parviens à passer le second. Réponse en juillet !
- Comment en êtes-vous arrivé à exercer cette profession ?
Après le Baccalauréat, je suis rentré en première année de médecine - que je n'ai pas eue. J'ai donc poursuivi directement en 2e année de licence de biologie ici sur le campus de Carreire. J'ai intégré ensuite un master de biologie cellulaire, physiologie et pathologie toujours à Bordeaux. A la fin des deux années, je suis parti en thèse à Toulouse à l’Institut des Maladies Métaboliques et Cardiovasculaires (I2MC). J'ai eu mon doctorat en 2017 et je suis revenu à Bordeaux comme attaché temporaire d'enseignement et de recherche (ATER) pendant un an, année à l'issue de laquelle j'ai été recruté en post-doc sous la direction de Véronique Michel, professeure des universités en pharmacologie et chercheure au CRCTB. Le financement postdoctoral arrivant à terme, j'ai refait une année d'ater et en 2021 j'ai eu le concours de MCF ici en pharmacie. En résumé et indépendamment du type de contrat (ATER ou post-doc), j'ai fait 4 ans de recherche après l'obtention de mon doctorat avant de devenir titulaire d'un poste permanent d'enseignant-chercheur.
- Si on souhaite devenir maître de conférences, comment on doit s'y prendre ?
Le mieux pour devenir enseignant-chercheur c'est de faire un peu d'enseignement dès le doctorat. On peut faire du monitorat par exemple. On peut aussi faire au moins une année d'ATER après sa thèse. Cela permet non seulement de voir si l'enseignement nous plaît mais c'est aussi toujours bien d'avoir donné quelques heures de cours pour le CV quand on souhaite passer le concours.
Il faut ensuite, dans un premier temps, passer ce que l'on appelle la "qualification aux fonctions de maître de conférences". Elle est délivrée par le Conseil national des universités (CNU) et elle permet de vérifier que le candidat possède les compétences scientifiques et pédagogiques nécessaires pour exercer le métier. Pour l’obtenir, les docteurs doivent déposer un dossier sur la plateforme Galaxie présentant leur parcours, leurs travaux de recherche, leurs publications ainsi que leurs expériences d’enseignement. On postule dans une ou plusieurs sections du CNU. Par exemple, j'avais déposé mon dossier dans 4 sections : "Biochimie et biologie moléculaire" (section 64 du CNU), "Biologie cellulaire" (section 65), "Physiologie" (section 66) et "Sciences du médicament et des autres produits de santé" (section 86). Cela ne demande pas beaucoup plus de travail de postuler dans une ou plusieurs sections, le contenu des dossiers étant assez chevauchant, mais c'est conseillé pour mettre toutes les chances de son côté.
Une fois qualifié, on peut postuler aux postes de maître de conférences ouverts dans les universités. Ces postes sont publiés sur Galaxie. Le concours se passe ensuite en deux étapes : après avoir déposé le dossier sur la plateforme comprenant le CV, les publications scientifiques, les expériences d’enseignement et le projet de recherche, les candidats sont présélectionnés par les universités recruteuses afin de retenir les profils correspondant le mieux au poste qu'elles proposent. Ils sont ensuite convoqués à une audition devant un comité de sélection, composé d’enseignants-chercheurs. Pendant cet oral, on présente son parcours, ses travaux de recherche, son projet scientifique et d’enseignement. L’entretien est suivi de questions du jury sur les recherches, les publications ou encore l’intégration dans l’équipe pédagogique et le laboratoire. À l’issue des auditions, le comité classe les candidats et choisit la personne recrutée. Il peut arriver qu'il y ait quelques variantes dans l'organisation de l'oral. Par exemple, dans mon cas, j'ai eu une mise en situation. Quelques jours avant l'audition, j'ai reçu un sujet d'ED fictif à préparer pour un niveau 2e année de pharmacie. Le jour J, j'ai dû présenter ce que j'aurais fait pour cet ED et avec quels objectifs pédagogiques. Il est essentiel de bien se préparer à l'oral. On n'est pas toujours spécialiste du projet de recherche et des enseignements sur lesquels on postule. Pour illustrer un peu, moi je travaillais sur l'hypertension pulmonaire chez l'adulte et j'ai dû basculer pour le poste sur la dysplasie. Alors cela reste de la maladie pulmonaire mais il faut quand même travailler un peu son sujet en vue de l'oral pour bien coller au poste et à la thématique du labo qu'on souhaite intégrer. Faire plusieurs oraux blancs devant des collègues différents, cela aide pas mal pour s'entraîner à l'audition.
Matériel de laboratoire, UFR Pharmacie - Crédits photo : Clémence Faure, Département STS, université de Bordeaux
- Pourquoi avoir choisi de devenir MCF plutôt que chargé de recherche ?
J'aimais beaucoup l'enseignement et la diversité des activités me plaisait bien ! Je trouvais stimulant d'avoir les deux aspects pour varier un peu les tâches. En plus, comme j'avais enseigné plusieurs années en tant qu'ATER, j'avais vraiment un profil adapté au concours donc je me suis lancé sur cette voie !
- Est-ce que vous avez une journée type dans vos activités ?
Une journée type,je ne sais pas, mais j'ai une organisation !
En recherche, après être arrivé à la PTIB, soit j'ai des manips, soit je n'en ai pas et je travaille essentiellement sur mon ordinateur dans mon bureau. J'analyse mes résultats, je prépare mes papiers, je fais des demandes de financement...On a aussi régulièrement des réunions comme nos réunions d'équipes qui se font tous les vendredis après-midi par exemple.
Quand je suis sur la partie enseignement, là je vais à Carreire. Comme je suis sur deux sites, je préfère organiser mes deux types d'activité sur la journée. Les plus grosses journées sont celles où j'ai les TP. J'arrive vers 7h30 et je travaille mon TP : je monte les de rats dans les cuves à organes isolés, et je prépare les solutions jusqu'à ce que les étudiants arrivent vers 9h. Et là, la séance se poursuit jusqu'à 13h puis, après la pause repas, j'ai souvent un second TP à partir de 14h et jusqu'à 17h. Une fois que les étudiants sont partis, je range pendant environ un quart d'heure et je rentre chez moi !
- Qu'est-ce que vous appréciez le moins dans votre travail ?
Ce que j'aime le moins évidemment c'est tout ce qui est administratif : les demandes de financement prennent pas mal de temps en particulier.
- Et quels sont les aspects que vous aimez le plus ?
J'affectionne encore pas mal les manips !
- Et dans 10 ans, vous vous voyez où ?
Toujours ici en pharma à Carreire et en recherche au CRCTB. J'aimerais aussi rester dans la même équipe et avoir de nouveaux projets si possible avec une HDR ! L'organisation que je me suis trouvé me convient parfaitement.
L'apport essentiel qui me vient immédiatement est le rôle du département dans le maintien d'une activité scientifique au niveau local. STS propose de nombreux appels qui permettent de financer des actions qui ne trouveraient pas forcément ailleurs du soutien.
L'apport essentiel qui me vient immédiatement est le rôle du département dans le maintien d'une activité scientifique au niveau local. STS propose de nombreux appels qui permettent de financer des actions qui ne trouveraient pas forcément ailleurs du soutien. Là, par exemple, on a eu un financement pour l'organisation de l'Happy Hour de pharmacie. Pour la vie locale et le dynamisme scientifique de la communauté universitaire bordelaise, c'est vraiment important de pouvoir organiser des événements, de pouvoir acheter du matériel ou de permettre à des jeunes et des ingénieurs de faire des petites mobilités. On n'a pas d'autre canal que le département pour le faire.
La journée du département est aussi importante parce qu'elle crée un cadre propice au développement et à l'entretien des liens scientifiques. Cela peut même permettre d'initier des collaborations de recherche dans des disciplines différentes des nôtres. Cet événement joue vraiment un rôle décisif sur ce point en particulier.
- Et pour terminer, une anecdote à partager ?
L'année dernière je faisais un cours sur la contraception et plus précisément sur la pilule du lendemain. Lors d'une séance, un étudiant me demande si la pilule contraceptive classique fonctionne bien comme la pilule du lendemain. Je lui précise que non et que la pilule contraceptive, pour être efficace, doit s'administrer de manière quotidienne. Et là, je l'ai vu prendre sa tête dans les mains et dire "oh non...Cela prouve que le rôle des enseignants chercheurs est certes de former mais également parfois d’informer.
Crédits photos - Une, UFR Pharmacie, Guillaume Cardouat à son bureau et photo de conclusion Clémence Faure, Département STS, université de Bordeaux
Interview réalisée par Alexandra Prévot et Clémence Faure, groupe de travail communication du département STS.